S’oser

Bribe de quotidien, sans relecture, fin de sieste d’une petite malade. 

La poésie à laquelle nous invitent les enfants en jouant des mots sans le savoir.

Ce matin, sur le chemin de l’école, nous évoquions la timidité qui peut nous faire réciter trop rapidement une poésie. Histoire d’être vu·e et entendu·e le moins longtemps possible, on se dépêche. Alors que l’aisance se vérifie par le temps pris. Le tempo variable, adapté, séquencé, musical, avec des respirations donc. C’est d’ailleurs aussi quelque chose qu’on observe chez les femmes, ce stress généré par l’anticipation de l’interruption…

Bref, Madou lâche : « je m’osais pas de parler plus lentement », et je ne sais plus trop la fin de sa phrase. Elle se reprend tout de suite : elle sait que ça ne se dit pas.

En un sens, je trouve que si. S’oser, c’est une sagesse non ? Ça dit le tout de l’audace, s’oser. Non pas oser faire ce que d’autres rêvent qu’on fasse. Ni chercher à oser être ce fameux « soi-même » dont notre rhétorique contemporaine nous abreuve, non sans absurdité.

Mais s’oser tout court, avec une réflexivité qui déplie l’inconnu, l’inattendu, l’insoupçonné. Le fait exister. S’oser le temps, l’espace, la respiration, le son de sa voix, le geste du corps, etc. pour faire advenir du singulier. Déployer ce qu’on n’a pas prévu (on ne prévoit que le préfabriqué). Rendre visible et audible, créer donc ce qui nous fait déjà vivre et qu’on s’efforce de réprimer. Une possibilité d’exister qui nous attire quand on y pense, mais qu’on réserve aux autres, à celleux qui osent. 

Ça m’est resté pour la suite de ma journée d’anniversaire : que se souhaiter d’autre que de s’oser ? S’oser l’insoupçonné qu’on pressent – et qu’on ignore pourtant – pouvoir vivre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *