Métamorphose

La déconstruction est féconde : de nombreux travaux en philosophie sont désormais consacrés à des aspects du réel longtemps occultés et méprisés. Dans ce sillon, Marion Zilio a publié en 2020 Le livre des larves. Comment nous sommes devenus nos proies. Et grâce à Thibaud Ottevaere qui l’a invitée dans le cadre de l’édition 2022 de Citéphilo, j’ai pu découvrir son approche cet après-midi. Il me faut lire l’ouvrage avant d’en parler plus longuement ici.

Marion Zilio évoquait la confrontation entre notre culture de l’identité (et donc de son illusion) avec le devenir de la larve : ses phases, sa métamorphose cachée (larvatus signifie masqué, ce que je ne savais que grâce à la phrase de Descartes : larvatus prodeo), dont la durée est souvent bien plus longue que ne l’est la vie de l’insecte qui en ressortira. 

Cette idée en particulier m’a fait silencieusement dériver. Comment penserait-on (mieux) / vivrait-on (mieux) nos vies si nous les appréhendions sous l’angle de la métamorphose – une succession de phases – plutôt que sous celui de l’identité ? Quelle liberté gagnerait-on si nous n’avions plus peur de faillir à « notre identité », si nous n’avions plus peur de notre propre altérité ? C’est-à-dire si nous nous reconnaissions comme des êtres en devenir, en métamorphose, destinés à croître grâce à nos altérations successives ? Nous avons parfois des inquiétudes concernant nos changements : peut-on être fidèle à soi si l’on change (d’idées, de travail, de situation familiale, d’option politique, de nom, de goûts, etc. ) ? C’est un sujet que nous avions évoqué lors d’une balade philo.
Mais ne devrions-nous pas aussi nous inquiéter des métamorphoses que nous nous empêchons d’opérer (à quel prix ?), par peur de l’altérité en nous ? 

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