Intimations

Qu’on la valorise ou qu’on la critique, on se représente volontiers la binarité des genres autour de l’opposition intime / public. Puisque les femmes portent la charge relationnelle et domestique (Cf. l’éthique du care), puisqu’on a traditionnellement dévalorisé la féminité et le sensibilité en les associant l’une à l’autre, il irait de soi que l’attention portée à l’intimité soit assignée aux femmes. Les hommes au contraire existent dans l’extimité de l’espace public, professionnel, civil et politique (Hegel). Là où l’on gouverne. 

Dans notre séminaire mensuel, cet après-midi, nous avons abordé le livre Pourquoi le patriarcat ? de Carol Gilligan et Naomi Snider. J’y reviendrai, au moins en lui consacrant un épisode de podcast. 

Une des idées qui en ressort est que dans la société patriarcale, personne ne s’occupe de l’intime. Pas même les femmes, puisqu’on leur demande – dès l’enfance – d’apprendre à taire leur expérience propre. On leur intime le rôle de femme comme il faut, celle qui a su invalider sa propre intimité. Même si les modèles normatifs varieront d’un genre à l’autre, le socle commun se joue dans la nécessité d’étouffer l’expérience sensible que nous faisons (de l’injuste, de l’amour, etc.) pour endosser une posture de détachement à l’égard de soi. Une réification requise pour le maintien de la hiérarchie. Car si nous valorisions notre expérience intime des choses, nous pourrions ressentir une solidarité et même une proximité avec les plaintes des minorités.

Quelles relations – autres que celles qui répondent à des intérêts stratégiques – pouvons-nous avoir avec les autres si nous avons appris à déserter notre propre perception des choses ? 

L’intimité émotionnelle est une affaire de dissidence. 

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