Comment peut-on imaginer le rien ?

« Comment peut-on imaginer le rien ? Il n’est ni noir ni blanc… »
(Marius, 12 ans)

Quelle belle question métaphysique, Marius !

En effet, pour être coloré, le rien devrait être une chose. Or, « rien », c’est le contraire de « tout » et même de « quelque chose », aussi petit soit-il… C’est l’absence de toute chose et de toute caractéristique : le rien n’a ni couleur, ni taille, ni texture, ni âge, etc. Le rien, c’est de l’absolument indéterminé, le flou artistique le plus radical : on ne peut rien dire du rien si ce n’est… qu’il n’y a rien.
Mais si l’on ne peut percevoir quoi que ce soit qui soit rien, on peut bien sentir sa présence… Par exemple, lorsque tu t’ennuies, tu peux faire l’expérience désagréable du rien. Comme si n’avoir rien à faire déclenchait en nous la peur du rien. As-tu vu comme les adultes remplissent leurs journées, même lorsqu’ils n’y sont pas contraints ? Si l’ennui t’agace, tu le coloreras peut-être de teintes sombres et tu lui projetteras sans doute quelques notes de musique dans une tonalité mineure…

Tu peux aussi sentir la présence du rien dans une pièce vide, dans un silence, dans un désert, sur une page… blanche. Au lieu de le redouter, n’aurait-on pas plutôt besoin de ce rien. Si tout était rempli de choses, que pourrions-nous encore imaginer ? inventer ? et même voir et entendre ? Des notes sans silence deviendraient inaudibles. Il semble même que ce rien demande un effort, une résistance contre le remplissement continu de nos espaces, de nos emplois du temps et de nos têtes! Par exemple, lorsqu’on médite, on cherche ce rien, au milieu de toutes les images et idées qui se bousculent dans nos esprits. Le paradoxe, c’est que tant qu’on cherche à ne penser à rien… on pense au moins à quelque chose de précis : ne penser à rien et on tourne en rond ! On ne sent le rien que lorsqu’on a fini de le chercher, de lui faire une place.

Faire une place au rien, ce n’est pas facile et ça semble indispensable. Cela demande donc de l’attention et de l’imagination. C’est parce qu’il n’est pas quelque chose qu’on peut imaginer le rien et créer des moyens de le représenter.


Sous une forme radicale, le peintre russe Kasimir Malévitch a peint ce « Carré blanc sur fond blanc », dans l’intention précise de rendre perceptible ce rien, c’est-à-dire l’absence d’objet :


« Ce carré que j’avais représenté n’était pas un carré vide, mais la sensibilité de l’absence de l’objet. » K. Malévitch

Carré blanc sur fond blanc, Kasimir Malevitch (1918)

En fait, justement parce qu’il n’est pas quelque chose, tu peux imaginer ce rien avec une liberté infinie et le ressentir en faisant varier ses couleurs !

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