Depuis 2019, Simone et les philosophes est un micro-laboratoire hybride, à la vocation indissociablement pédagogique et exploratoire. Il s’agit d’y travailler à partir de ces postulats, qui résultent eux-même d’un certain nombre de recherches antérieures :

  • La pensée devient philosophique là où elle ne cherche plus à avoir raison. Au lieu de l’assujettissement ordinaire de la pensée au désir de valider une thèse et d’asseoir son autorité, nous voulons penser à partir de ce qui est traditionnellement réprimé, dévalorisé, ignoré, méprisé, refoulé, dénié, ne serait-ce que pour obtenir gain de cause. Aussi se donne-t-on ici comme projet de repenser pour lui-même ce réel que notre tradition a subordonné au pouvoir de la Raison et d’une promotion de l’homme dominant : les sentiments, l’imagination, le féminin, la domesticité, la nature, le corps, l’enfance, le soin, etc. L’élaboration tâtonnante de cette méthode – apte à accroître notre faculté de comprendre – n’a pas de limites a priori.
  • L’horizon émancipateur d’une pensée tient dans son exploration d’idées et de méthodes incertaines jusqu’alors empêchées. La revalorisation de l’incertitude et de sa fécondité théorique et pratique – contre le catéchisme patriarcal dont procède si souvent la discipline philosophique – conditionne l’art de penser. L’issue d’une pensée en acte doit être imprévisible. En ce sens, la philosophie mobilise le pouvoir créatif de l’imagination pour mieux comprendre la manière dont nous éprouvons le réel.
  • On ne peut prendre conscience de nos préjugés qu’en comprenant leur lien avec les discours dont nous avons hérités. L’examen de soi passe par l’investigation de ce que nos héritages ont occulté. En ce sens, la tâche de rendre aux penseuses la visibilité et l’intelligibilité jusqu’alors réservées aux penseurs est émancipatrice sous plusieurs aspects. D’abord, parce que l’hospitalité d’une société s’accroît en proportion des différences qu’elle admire dans sa propre culture. D’autre part, parce qu’elle seule permettra aux femmes de développer pleinement leur pensée sans intérioriser les normes masculines jusqu’alors dominantes. Enfin, parce que la relégation de toute altérité intellectuelle suppose et consolide une croyance aussi ordinaire qu’intolérable : celle selon laquelle certains esprits doivent s’en remettre à d’autres – posés comme supérieurs par les normes dominantes – pour penser à leur place. Or, nous affirmons que tout être conscient a besoin de penser sans réprimer sa singularité et que le refoulement de ce besoin engendre des souffrances trop largement masquées et méconnues.
  • Faciliter – le contraire d’appauvrir – la pratique de la pensée par et pour chacun·e, quels que soient son profil, sa timidité, ses inhibitions, sa culture philosophique, ses expériences, ses désirs et ses peurs : telle est l’intention principale de ce que vous découvrirez ici.