L’approche de Simone et les philosophes se fonde sur ces quelques postulats :

  • La pensée devient philosophique là où elle ne cherche plus à avoir raison. Au lieu de l’assujettissement ordinaire de la pensée au désir de valider une thèse et d’asseoir son autorité, notre méthode pour philosopher consiste à penser à partir de ce qui est traditionnellement réprimé, dévalorisé, ignoré, méprisé, refoulé, dénié. Aussi se donne-t-on ici comme projet de repenser pour lui-même ce réel que notre tradition a subordonné au pouvoir de la Raison et d’une promotion de l’homme dominant : l’émotion, l’imagination, le féminin, la domesticité, la nature, le corps, l’enfance, le soin, etc. L’élaboration de cette méthode – apte à accroître notre faculté de comprendre – n’a pas de limites.
  • L’horizon d’une pensée émancipatrice tient dans l’exploration d’idées et de méthodes incertaines jusqu’alors empêchées. La revalorisation de l’incertitude et de sa fécondité théorique et pratique – contre le catéchisme patriarcal dont procède si souvent la discipline philosophique – conditionne l’art de penser. Sans cela, nous nous condamnons à répéter l’instrumentalisation de la théorie à des fins de domination.
  • On ne peut prendre conscience de nos préjugés qu’en comprenant leur lien avec les discours dont nous avons hérités. L’examen de soi passe par l’investigation de ce que nos héritages ont occulté. En ce sens, la tâche de rendre aux penseuses la visibilité et l’intelligibilité jusqu’alors réservées aux penseurs est émancipatrice sous plusieurs aspects. D’abord, parce que l’hospitalité d’une société s’accroît en proportion des différences qu’elle admire dans sa propre culture. D’autre part, parce qu’elle seule permettra aux femmes de développer pleinement leur pensée sans intérioriser les normes masculines jusqu’alors dominantes. Enfin, parce que la relégation de toute altérité intellectuelle suppose et consolide une croyance aussi ordinaire qu’intolérable : celle selon laquelle certains esprits doivent s’en remettre à d’autres – posés comme supérieurs par les normes dominantes – pour penser à leur place. Or, nous affirmons que tout être conscient a besoin de penser sans réprimer sa singularité et que le refoulement de ce besoin engendre des souffrances trop largement masquées et méconnues.
  • Faciliter – le contraire d’appauvrir – la pratique de la pensée pour chacun·e, quels que soient son profil, sa timidité, ses inhibitions, sa culture philosophique, ses expériences, ses désirs et ses peurs : tel est l’intention principale de ce que vous découvrirez ici.