Une paupière s’ouvre. On y croyait pourtant. Des entreprises aux institutions de tous bords. Le développement personnel de l’homme normal, ambitieux, performant, aligné, mobile. Les homélies des experts au ton supérieur. La société définie par les objectifs des individus prétendûment autonomes.

L’humiliation sociale et économique de tout ce qui est indispensable à la vie, de tout ce qu’on laisse à d’autres. Aux femmes. Aux immigré·e·s ou assimilé·e·s. Aux artistes de tous bords. Aux utopistes méprisées. Aux bénévoles. À celles et ceux qui ne convoitent pas la tourelle des petits chefs inutiles du capitalisme. Qui galèrent parce qu’ils sont indispensables. Qui n’ont pas besoin de cultiver leur leadership.

Photo de Diane Arbus

Par l’ironie d’un virus transporté à travers le monde par touristes et diplomates, des êtres sous-payés et bâillonnés se sont métamorphosés en « secteurs essentiels ». Soigner les malades et les vieillard·e·s, nettoyer les locaux et le matériel, s’occuper des enfants, vendre le pain et les médicaments, œuvrer dans les supermarchés, distribuer le courrier, récolter les légumes, assurer les transports, ramasser les poubelles… L’urgence de ces « secteurs essentiels » n’a rien de commun avec les costards qui les bousculent, pressés de prendre leur avion. L’urgence réelle ne réussit pas, elle sauve. Elle ne se monétise pas, elle fait vivre. Protéger toutes les vies, le principe de toute politique non violente.

2 réponses à “

  1. Je partage votre point de vue.
    Infirmière, je déplore que nos appels au secours et nos alarmes sur la dégradation du service de santé n’aient pas été entendus.
    Les plus fragiles pourront-ils encore être soignés ? Ce confinement a dû être imposé, allons-nous prendre conscience de notre responsabilité, individuelle et collective ?
    Ce qui me trouble aussi, c’est l’ampleur de l’importance donnée à cette crise. Même si chaque mort compte, pourquoi la multitude de toutes celles liées à la famine, la guerre, les dérèglements climatiques, les migrations, l’isolement nous touchent-elles si peu et si fugacement ? Nous sommes tous des humains, ne nous en reste t’il que le nom ?
    Pourquoi faut il se sentir menacé pour réfléchir et agir ?
    Je me demande ce que nous apprendrons de cet épisode, et ce que nous changerons, chacun et tous.

    1. Merci pour vos paroles si justes. Oui, à tout le moins cette crise révèle-t-elle la confusion de notre réalité sociale et ses insupportables silences.Courage à vous et à vos collègues.

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