Si Socrate avait été une femme…

La lettre de Simone #2

Si Socrate avait été une femme…

Sa prétention à faire accoucher les âmes l’aurait sans doute fait passer pour une sorcière hystérique.

L’aveu de son ignorance l’aurait ridiculisé, lui qui, à la différence des hommes de pouvoir, se targuait de savoir qu’il ne sait rien. Kant y aurait peut-être vu une marque de modestie, qualité des plus nobles chez la femme, mais non sans lui rappeler que « de profondes réflexions, une contemplation longue et soutenue ne conviennent guère à une personne dont les charmes naturels ne nous doivent donner d’autre idée que celle de la beauté. » L’apparence peu avantageuse de Socrate aurait ainsi été comprise comme le malheureux symptôme de son goût contre-nature pour la pensée.

Ses propos sur l’amour – repris de Diotime, une femme elle aussi – auraient pu sonner aux oreilles de Platon comme de vulgaires et absurdes sensibleries.

À de rares exceptions près, les philosophes de nos manuels – pourtant si avides de polémique – sont d’accord sur ce point : le propre de l’homme est de penser mais les femmes manquent de cette raison sérieuse, productrice de concepts.

Son art de la provocation lui aurait valu la pire indifférence et aurait donc été impossible : il n’y a de provocation que là où l’on reconnaît la mise au défi d’un esprit libre.

Si Socrate avait été une femme, vous ne connaitriez pas son nom. Elle aurait sans doute usé de subterfuges pour ne pas devenir domestique et pour secrètement donner à sa pensée une assurance créative. Il n’est pas impossible d’imaginer qu’elle ait su malgré tout préserver la richesse de ses considérations sur le monde, l’existence, l’esprit, le temps, l’art, la vérité, la justice, le pouvoir, le dialogue. Elle aurait alors rejoint cette foule de philosophes aux idées dévalorisées, écartées des programmes traditionnels d’enseignement, et par conséquent aujourd’hui méconnues de nous.

Ce sont des philosophes de ce genre aux esprits profonds et originaux qu’il importe pourtant de connaître pour avoir une vision plus riche de l’inventivité philosophique.

L’année qui arrive marque ainsi pour Simone et les philosophes un cap nécessaire : mettre en pratique le contenu du podcast de la thérapie anti-sexismes intitulé « se refaire une culture ». S’examiner et mettre de la cohérence dans sa vie et dans ses pensées, c’était justement le leitmotiv de Socrate.

Cette recherche revient au fond pour moi à explorer, collecter et transmettre de manière synthétique ce que j’aurais aimé trouver au cours de mes longues études, dans les cours, manuels et magazines. Plutôt que de pester sur l’invisibilisation des penseuses, je retrousse mes manches et me concentrerai  – tant dans mes ateliers à Paris et à Lille, que dans mes articles ou podcast – sur ce fil directeur : injecter de la philosophie dans les vies quotidiennes en découvrant désormais ces penseuses qui ont, elles aussi, taillé leurs concepts dans la pierre de leur existence singulière.

Simone et les philosophes est un projet artisanal plein de passion, qui pousse depuis bientôt 2 ans et dont l’existence matérielle  (frais divers liés à la vie technique du site et du podcast) est financée, principalement via la plateforme Tipeee, par une communauté d’ambassadeurs et ambassadrices. Cela rémunère aussi une petite partie du temps de production que je dégage et surtout, ce soutien donne un sens précieux à l’intérêt collectif du projet : je les en remercie de tout cœur.

Rendez-vous en janvier pour un chemin plein de découvertes philosophiques 🙂

 

 

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